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La route en lacets
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Cette nouvelle policière a été écrite en 2025, dans le cadre des activités d’un groupe d’écriture. Les titres de chapitre sont les propositions faites toutes les semaines par l'un des membres du groupe. 
 

L'histoire de La route en lacets, comme celle de L'avion jaune et des Lunettes bleues, se déroule en Islande quelques années après celle des lunettes bleues. Inspirée par les univers des romanciers Arnaldur Indridason et de Ragnar Jonasson pour la littérature policière ou la série Trapped (Netflix), je me suis de nouveau immergée dans une Islande où, décidément, il se commet bien des crimes !

 

L'Inspecteur Önuldur et son gendre l'inspecteur adjoint Markùs sont confrontés à deux meurtres survenus à quelques jours d'intervalle. Une femme sauvagement assassinée est retrouvée dans la cabane de jardin d'une maison isolée et une autre étranglée chez elle dans sa cuisine. Les deux meurtres semblent n'avoir rien en commun. Les deux policiers vont mener l'enquête tambour battant, mais vont se heurter à de nombreuses embûches. 

La route en lacets

   La route en lacets serpentait sans fin le long des pentes abruptes des rudes montagnes. Au loin, les eaux bleu acier du fjord scintillaient d’un éclat presque insoutenable. Markùs ajusta ses jumelles, mais n’observa rien d’autre que le frissonnement des lupins d’Alaska sous le vent léger et le vol paresseux de quelques sternes. Tout comme Önuldur, son beau-père et son patron, l’inspecteur principal du poste de police de Siglufjördur, il se sentait en symbiose avec cette nature à la fois austère et fascinante. Jamais, il ne s’était plaint des longues heures passées à l’extérieur, quel que soit le temps ou la saison.
    Au bout de quelques minutes, il déposa ses jumelles à côté de lui, enleva ses lunettes bleues et se frotta les yeux. Il attrapa ensuite son téléphone. Toujours aucune nouvelle d’Önuldur pas même un SMS. Il lui avait pourtant promis de lui fournir rapidement des informations sur le véhicule et les suspects qu’il était censé appréhender. Un doute insidieux quant à la bonne foi de son patron l’envahit, mais se heurta immédiatement à un sentiment de culpabilité et de défaut de loyauté. Il se demanda si, considérant son impatience et sa témérité, Önuldur l’avait intentionnellement envoyé surveiller ce bout de route perdue au milieu de nulle part, histoire de lui donner une petite leçon. 
    Depuis un moment, il avait l’impression que leur relation ressemblait à cette route aux innombrables sinuosités. On croit bien la connaître, mais, non, il y a encore ce virage dont on avait oublié la traîtrise et l’on est surpris de découvrir que c’est loin d’être le seul. C’était un peu comme ça avec Önuldur. Markùs pensait le connaître, mais il s’apercevait au détour d’une réflexion ou d’un geste qu’il n’en était rien. Pourtant, ils travaillaient ensemble depuis presque six ans, sans compter son stage. 
    Il devrait peut-être en parler plus ouvertement avec Elinborg. Elle savait presque toujours comment allait réagir son père, et comment s’y prendre avec lui pour le calmer. Il esquissa un sourire à cette évocation. Son sourire s’élargit quand, tout de suite après, il imagina son petit Lothar de six ans en train de jouer sur le balcon, ses cheveux aussi blonds que ceux de sa mère et de son grand-père ondulant sous la brise.


Ah non ! Pas ça !

        Il était presque 14 h lorsque la lande s’anima enfin. Une jeep blanche apparut sur la route, puis la quitta pour s’engager en cahotant sur un chemin de traverse. Une remorque bâchée d’une solide toile y était attachée. Deux hommes, à ce qu’il semblait, se trouvaient à l’intérieur du véhicule. Mais, même avec ses puissantes jumelles, Markùs eut du mal à distinguer leurs traits. Il pesta, mais continua à suivre le mouvement de la jeep. Quelques instants plus tard, le conducteur tourna la tête dans sa direction. Il réajusta ses jumelles et juste au moment où il entrait enfin dans sa ligne de mire, son téléphone vibra. Décontenancé, il sursauta, faillit lâcher les jumelles et perdit ainsi l’infime possibilité d’identifier l’homme au volant, le véhicule ayant brusquement changé de cap. Les passagers l’avaient-ils aperçu, lui ou le reflet de ses jumelles ? C’était peu probable. II avait pris la peine de se dissimuler à contre-jour pour éviter de se faire repérer. Contrarié, son regard se porta sur son téléphone. Constatant qu’Önuldur se manifestait, il se ressaisit et s’empressa de répondre. 
— Enfin ! s’écria-t-il malgré lui. Je viens de voir une jeep blanche avec deux hommes. Est-ce que tu as pu vérifier ce que je t’avais demandé ?
— Markùs oublie la jeep ! Nous avons un…
— Ah non ! Pas ça ! Pas maintenant ! Je suis pratiquement certain d’être sur la piste du bétail volé. Il y a de fortes chances que ce soit le conducteur de la jeep qui a fait le coup la semaine dernière et j’ai une…
— Markùs, arrête de parler et écoute-moi ! On a un meurtre. 
— Quoi ?
— Une femme a été assassinée à Lambanes-Reykir.
— Un meurtre ! rétorqua le jeune policier qui avait enfin réalisé la gravité de la situation. On sait qui c’est ?
— Non… Tu n’es pas très loin du lieu du meurtre, alors, vas-y tout de suite. Je t’envoie les coordonnées et je fais au plus vite pour te rejoindre là-bas. 
— O.K., je pars immédiatement. 

Cette voix me scie en deux

    Markùs arriva à Lambanes-Reykir un quart d’heure plus tard. Comme il était habillé en civil et conduisait sa voiture personnelle et non la jeep de la police, le propriétaire des lieux encore traumatisé par sa macabre découverte ne le reconnut pas tout de suite. C’était un petit homme chauve et maigre. Il le regarda avec des yeux vides en répétant à plusieurs reprises : « J’ai appelé la police, j’ai appelé la police. C’est affreux, c’est affreux ! »    
— Je suis de la police, lui annonça Markùs, d’une voix qu’il voulait réconfortante. Markùs du…
— Ah oui ! Bien sûr, excusez-moi, je n’ai plus toute ma tête. C’est tellement, tellement épouvantable… Je m’appelle Baltasar. C’est Adela, ma femme qui a découvert le corps dans la cabane de jardin, continua l’homme en tendant le bras en direction de son épouse, une femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux grisonnants, assise sur une chaise bancale. 
— Dans la cabane ?
— Oui… en allant chercher un râteau. Sous le choc, ses genoux ont flanché. C’est le bruit qu’elle a fait en tombant qui m’a alerté. J’ai cru qu’elle avait eu un malaise, donc je suis allé voir ce qui se passait. Quand je suis entré dans la cabane, j’ai tout de suite aperçu le corps… Alors j’ai compris… J’ai aidé mon épouse à se relever. Je l’ai fait sortir et s’asseoir. Après j’ai appelé la police.
    Tout à coup, la femme se redressa sur sa chaise et poussa un cri strident qui les fit tous deux tressaillir.
— Oh mon Dieu ! Pourvu qu’elle ne fasse pas une crise ! Quand elle a cette voix, ce n’est pas bon signe ! Ah, ça me scie en deux ! ajouta-t-il, visiblement ébranlé. 
    Ils s’approchèrent rapidement d’elle. Elle respirait de plus en plus bruyamment tout en marmonnant des paroles entrecoupées et inintelligibles. 
— Respire tranquillement, Adela, lui recommanda son mari. Allez, inspire avec moi, expire, inspire, expire… Ça va aller. Ce policier va nous aider.
    Au bout d’un moment, la respiration d’Adela se régularisa enfin et elle reprit quelques couleurs. Se tournant vers le policier, elle articula avec encore un peu de difficulté :
— Je te reconnais. Tu es Markùs, le mari d’Elinborg, l’assistante sociale, n’est-ce pas ?
— En effet, répondit-il, un demi-sourire aux lèvres. 
— Elle a vraiment beaucoup aidé ma fille quand elle a eu son bébé, il n’y a pas longtemps.
— J’en suis content pour elle ! commenta-t-il. Reste là et repose-toi ! Je vais aller dans la cabane et dès que l’inspecteur Önuldur arrivera, ce qui ne saurait tarder, nous vous poserons quelques questions.

 

La suite à paraître prochainement

© 2019 - Tous droits réservés Catherine Passerieux

Mise à jour le 21 juillet 2026

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